Il est 6 h, et la ville sent la pluie chaude et le pain. J'ai dormi quatre heures dans un avion dont je ne me souviens plus, mais peu importe : les réverbères du Vieux-Montréal sont encore allumés et la pierre semble avoir été taillée pour ce seul instant.
J'ai quitté Paris avec un seul objectif : marcher. Pas visiter, pas cocher. Marcher suffisamment longtemps pour que la ville se livre d'elle-même. Le funambule que je suis sait que l'équilibre se trouve en avançant, pas en contemplant.
Le matin : l'odeur qui donne le ton
Premier arrêt, un café de quartier au Plateau. Sur le comptoir, des bagels encore tièdes, dorés au bois de bouleau. Il paraît que les Montréalais en débattent à la vie à la mort : les bagels de l'est, plus gros et sucrés, contre ceux de l'ouest, plus fins et croquants. J'ai goûté les deux en trois heures. Je ne trancherai jamais, et c'est très bien ainsi.
L'après-midi : les deux Montréal
Il y a le Montréal des cartes postales, celui du Vieux-Port, des bâtisses de pierre et de la basilique Notre-Dame. Et il y a l'autre, celui qui se découvre en quittant les quais : les escaliers extérieurs des triplex, les ruelles vertes où poussent des vignes, les ateliers de créateurs repliés derrière des portes en fer.
J'ai passé presque une heure à regarder les gens faire leur jogging sur le flanc du Mont-Royal. Il y a quelque chose d'hypnotique à voir une ville respirer de haut.
« On ne comprend pas une ville, on l'épouse. » — une dame rencontrée devant un champ de fortifiants, qui m'a offert un café pour me consoler d'être perdue.
Le soir : le bon moment
À 18 h, le Vieux-Montréal se vide, les réverbères s'allument et les murs de pierre s'embrasent. C'est l'heure que je recommande à tous les visiteurs : celle où les photographes repartent et où la ville redevient habitée.
Demain, direction le Mont-Tremblant et ses couleurs d'automne. Mais cela, c'est une autre histoire — celle du troisième carnet.